dimanche 23 avril 2017

Deuxième dimanche de Pâques / A


23/04/17

Les textes bibliques de ce dimanche dans l’octave de Pâques nous invitent à une réflexion sur notre foi chrétienne. Dans l’Evangile nous entendons le Ressuscité dire à Thomas : Heureux ceux qui croient sans avoir vu ! Pierre, dans la deuxième lecture, nous parle des épreuves de cette vie qui, d’une manière paradoxale, peuvent nous faire grandir dans notre attachement au Christ : elles vérifieront la valeur de votre foi qui a bien plus de prix que l’or – cet or voué à disparaître et pourtant vérifié par le feu –, afin que votre foi reçoive louange, gloire et honneur quand se révélera Jésus Christ. Lui, vous l’aimez sans l’avoir vu ; en lui, sans le voir encore, vous mettez votre foi, vous exultez d’une joie inexprimable et remplie de gloire, car vous allez obtenir le salut des âmes qui est l’aboutissement de votre foi. Enfin la première lecture nous présente la communauté des premiers chrétiens de Jérusalem comme une communauté de croyants, la crainte de Dieu étant dans tous les cœurs. Précisons au passage que la crainte de Dieu n’a rien à voir avec la peur. Ce terme biblique se rapprocherait plutôt du mot français « respect ». Il ressort de ces lectures que notre foi en Jésus ressuscité est un bien précieux, le don le plus précieux de tous, un don venant de Dieu lui-même avec la charité et l’espérance. D’où l’importance pour chacun d’entre nous de prendre conscience de la grandeur de ce don et de savoir remercier le Père pour ce don qui nous met en communion avec Jésus mort et ressuscité pour nous. La foi relève d’un ordre surnaturel, elle n’est pas de l’ordre de la vision. Elle nous permet, comme le dit saint Pierre, d’aimer Jésus sans le voir, de croire en lui dans l’attente de la rencontre face à face au jour de notre mort et du jugement.

La lecture tirée des Actes des apôtres nous montre les fruits que produit une foi vivante. La foi va toujours de pair avec la fidélité. Les premiers chrétiens de Jérusalem étaient fidèles dans trois domaines constitutifs de la vie chrétienne : l’enseignement des apôtres, la communion fraternelle et la vie de prière. Tels sont les fruits de notre foi si nous sommes fidèles à la grâce qui nous est faite. Une foi vivante cherche à toujours mieux connaître la révélation divine par la méditation de la Bible et l’étude des enseignements de l’Eglise. Avoir suivi quelques années de catéchisme dans sa jeunesse ne suffit pas. A notre époque il est indispensable pour le chrétien adulte de se former dans sa foi, tout particulièrement à travers l’étude de la doctrine sociale de l’Eglise. Une foi vivante favorise la communion et l’unité entre tous les croyants. Elle ouvre aussi les cœurs à tous les hommes qui ne partagent pas notre foi. Etre catholique, c’est vivre en communion avec tous les membres de l’Eglise tout en promouvant cette communion avec toute l’humanité, car tous les hommes ont un seul Dieu et Père, créateur de tous. Les chrétiens de Jérusalem avaient compris que cette communion n’était pas seulement spirituelle. Elle impliquait aussi un esprit très concret de partage et de solidarité : Tous les croyants vivaient ensemble, et ils avaient tout en commun ; ils vendaient leurs biens et leurs possessions, et ils en partageaient le produit entre tous en fonction des besoins de chacun. La capacité des croyants à partager leurs biens matériels avec leurs frères, en particulier avec ceux qui sont dans le besoin, est un signe éclatant de l’authenticité de leur foi. Notre foi chrétienne nous détourne de la tentation de l’accumulation sans fin des richesses et nous fait donc un devoir de les utiliser pour soulager les hommes qui manquent du nécessaire pour vivre dignement, qu’ils soient croyants ou pas. Enfin une foi vivante nous introduit à la vie spirituelle, vie de communion avec le Ressuscité par les sacrements, en particulier l’eucharistie et le sacrement du pardon, et la prière personnelle quotidienne. On ne peut participer pleinement et fructueusement à l’eucharistie du dimanche si pendant la semaine notre vie est un désert spirituel ne laissant aucune place à la prière et à la lecture de la Bible.


En ce dimanche de la miséricorde divine, faisons nôtre la prière qui exprime l’essentiel de notre foi : Jésus, j’ai confiance en toi !

dimanche 16 avril 2017

DIMANCHE DE PÂQUES 2017



16/04/17

Nous voici parvenus au sommet de notre année liturgique avec la célébration de la résurrection du Seigneur. Cet événement que nous ne pouvons accueillir que par la foi est le centre non seulement de toute notre vie chrétienne mais aussi le centre de l’histoire humaine et de celle de toute la création. Jésus vainqueur de la mort inaugure la nouvelle création voulue par Dieu. Si le Christ n’est pas ressuscité d’entre les morts, alors toute notre foi s’écroule, et le christianisme devient une sagesse parmi tant d’autres. Cette fête est pour nous l’occasion d’une conscience renouvelée de notre participation réelle, par le baptême et les sacrements, au mystère de Jésus mort et ressuscité pour nous. Dans la deuxième lecture l’apôtre n’hésite pas à dire : vous êtes ressuscités avec le Christ… vous êtes morts avec le Christ, et votre vie reste cachée avec lui en Dieu. Si tout cela est vrai, cela signifie que notre foi est une force capable de nous transformer et, avec nous, le monde que nous habitons durant le temps de notre brève existence sur cette terre. Si tout cela est vrai, l’espérance chrétienne et la charité nous poussent à agir et à faire des choix pour que ce monde soit toujours davantage conforme à la volonté du Père et Créateur. Dans la première lecture, l’apôtre Pierre dit de Jésus qu’il faisait le bien là où il passait, consacré par l’Esprit Saint et rempli de sa force. Un disciple de Jésus doit forcément se poser la question suivante : au jour de ma mort quel bilan pourrai-je faire de ma vie sur cette terre ? Comment aurai-je fait fructifier toutes les grâces de Dieu ? Ma foi aura-t-elle été stérile, inactive, ou bien, au contraire, m’aura-t-elle permis de faire le bien comme Jésus ? Le pape François rappelle en permanence le lien existant entre notre foi en Jésus ressuscité et notre engagement social. Dans un monde qui semble possédé par les forces du mal, que l’on pense à la famine, aux guerres, aux inégalités croissantes, au massacre de l’environnement et des espèces animales, il semble difficile de demeurer dans l’espérance qui nous vient du Christ ressuscité. Dans son exhortation apostolique de 2013, La joie de l’Evangile, le pape François nous permet de comprendre la racine de tous ces maux. L’idolâtrie de l’homme contemporain ne consiste pas à se prosterner devant une statue d’une quelconque divinité, il s’agit plutôt de l’idolâtrie de l’argent. Et cette idolâtrie nous coupe de Dieu et des autres. Elle tue ou avilit chaque jour des millions d’êtres humains, dont de nombreux enfants. C’est elle aussi qui fait que la nature est perçue uniquement comme une source de profits que l’on peut piller sans aucune limite, et les animaux comme des objets privés de leur dignité de créatures de Dieu. Ecoutons une longue citation du pape à ce sujet :

La culture du bien-être nous anesthésie et nous perdons notre calme si le marché offre quelque chose que nous n’avons pas encore acheté, tandis que toutes ces vies brisées par manque de possibilités nous semblent un simple spectacle qui ne nous trouble en aucune façon. Une des causes de cette situation se trouve dans la relation que nous avons établie avec l’argent, puisque nous acceptons paisiblement sa prédominance sur nous et sur nos sociétés. La crise financière que nous traversons nous fait oublier qu’elle a à son origine une crise anthropologique profonde : la négation du primat de l’être humain ! Nous avons créé de nouvelles idoles. L’adoration de l’antique veau d’or (cf. Ex 32, 1-35) a trouvé une nouvelle et impitoyable version dans le fétichisme de l’argent et dans la dictature de l’économie sans visage et sans un but véritablement humain. La crise mondiale qui investit la finance et l’économie manifeste ses propres déséquilibres et, par-dessus tout, l’absence grave d’une orientation anthropologique qui réduit l’être humain à un seul de ses besoins : la consommation. Alors que les gains d’un petit nombre s’accroissent exponentiellement, ceux de la majorité se situent d’une façon toujours plus éloignée du bien-être de cette heureuse minorité. Ce déséquilibre procède d’idéologies qui défendent l’autonomie absolue des marchés et la spéculation financière. Par conséquent, ils nient le droit de contrôle des États chargés de veiller à la préservation du bien commun. Une nouvelle tyrannie invisible s’instaure, parfois virtuelle, qui impose ses lois et ses règles, de façon unilatérale et implacable. De plus, la dette et ses intérêts éloignent les pays des possibilités praticables par leur économie et les citoyens de leur pouvoir d’achat réel. S’ajoutent à tout cela une corruption ramifiée et une évasion fiscale égoïste qui ont atteint des dimensions mondiales. L’appétit du pouvoir et de l’avoir ne connaît pas de limites. Dans ce système, qui tend à tout phagocyter dans le but d’accroître les bénéfices, tout ce qui est fragile, comme l’environnement, reste sans défense par rapport aux intérêts du marché divinisé, transformés en règle absolue.

Le constat est clair : nous ne pouvons pas en même temps reconnaître le Christ comme notre Seigneur et pratiquer l’idolâtrie de l’argent ! Dans son encyclique Laudato si’, le pape nous propose le chemin d’une vie véritablement chrétienne, vie sobre et vie de partage, ce chemin est celui d’une rupture avec le système dominant notre monde et il implique le courage d’une entrée en résistance. Croire en la résurrection du Christ exige de nous une libération de l’idole argent et de l’égoïsme pour que le règne du Christ puisse enfin s’instaurer dans les cœurs comme dans les sociétés. Chacun de nous, seul et avec d’autres, en s’engageant dans des associations qui promeuvent la doctrine sociale de l’Eglise, et en les soutenant financièrement, a le pouvoir de faire que sa foi s’incarne dans notre monde, sans perdre l’espérance. En ce saint jour de Pâques, contemplons avec les apôtres Paul et Pierre le magnifique projet de Dieu qui, en ressuscitant Jésus, a fait de lui le chef d’une création nouvelle :

La création attend avec impatience la révélation des fils de Dieu. Car la création a été soumise au pouvoir du néant, non pas de son plein gré, mais à cause de celui qui l’a livrée à ce pouvoir. Pourtant, elle a gardé l’espérance d’être, elle aussi, libérée de l’esclavage de la dégradation, pour connaître la liberté de la gloire donnée aux enfants de Dieu. Nous le savons bien, la création tout entière gémit, elle passe par les douleurs d’un enfantement qui dure encore. Et elle n’est pas seule. Nous aussi, en nous-mêmes, nous gémissons ; nous avons commencé à recevoir l’Esprit Saint, mais nous attendons notre adoption et la rédemption de notre corps. Car nous avons été sauvés, mais c’est en espérance ; voir ce qu’on espère, ce n’est plus espérer : ce que l’on voit, comment peut-on l’espérer encore ? Mais nous, qui espérons ce que nous ne voyons pas, nous l’attendons avec persévérance.
Car ce que nous attendons, selon la promesse du Seigneur, c’est un ciel nouveau et une terre nouvelle où résidera la justice.


dimanche 9 avril 2017

DIMANCHE DES RAMEAUX ET DE LA PASSION


9/04/17

Matthieu 26,14-27,66

C’est avec la lecture de la Passion du Seigneur selon saint Matthieu que nous commençons la semaine sainte. L’évangéliste voit dans la Passion et la mort de Jésus l’accomplissement des Ecritures. L’Ancienne Alliance s’accomplit dans la nouvelle Alliance, le sang de Jésus est bien le sang de l’Alliance, répandu pour la multitude en rémission des péchés. Pour nous rapporter les événements tragiques du vendredi saint, Matthieu utilise de nombreuses expressions du psaume 21, si bien que ce que vit Jésus à ce moment-là est compris comme l’accomplissement de ce psaume. L’humanité de Jésus est mise en avant, et cela dès le récit de l’agonie dans le jardin des oliviers. Les paroles que le Seigneur adresse alors à ses disciples comme à Dieu montrent qu’il ne va pas au-devant de la croix à la manière d’un antique héros impassible : Il leur dit alors : « Mon âme est triste à en mourir. Restez ici et veillez avec moi. » Allant un peu plus loin, il tomba face contre terre en priant, et il disait : « Mon Père, s’il est possible, que cette coupe passe loin de moi ! Cependant, non pas comme moi, je veux, mais comme toi, tu veux. » L’intense souffrance morale de Jésus précède la souffrance physique que la Passion va infliger à son corps. Cette souffrance morale se caractérise dans le récit de saint Matthieu par le sentiment d’abandon et de solitude. C’est d’abord l’abandon des disciples accompagné par la trahison de Judas et le reniement de Pierre : Alors tous les disciples l’abandonnèrent et s’enfuirent. Sur la croix le Seigneur prononce une unique parole qu’il emprunte au commencement du psaume 21 : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? Cette parole fait écho aux railleries des autorités religieuses du peuple qui se réjouissent d’avoir pu enfin condamner au silence cet homme en le faisant crucifier par Pilate : Il a mis sa confiance en Dieu. Que Dieu le délivre maintenant, s’il l’aime ! Car il a dit : “Je suis Fils de Dieu.” En mourant sur la croix, Jésus sait qu’il accomplit les Ecritures et la volonté de son Père en vue de notre réconciliation et de notre sanctification. D’une manière incompréhensible pour nous, lui, qui est vraiment Dieu et vraiment homme, fait la douloureuse expérience du silence et de l’apparente absence de son Père. Le déchirement de son corps accablé de souffrances s’accompagne du déchirement de son âme. L’interrogation empruntée au psaume indique l’intensité de l’épreuve qui est celle du Christ quelques instants avant sa mort en croix. Il n’en demeure pas moins le Fils de Dieu, le Sauveur de l’humanité. Cela signifie qu’il est aussi déjà habité par les prémisses de la lumière de Pâques. Il sait à ce moment précis, au sein même de ce sentiment d’abandon, qu’il est vainqueur du mal et de la mort. Il fait siennes les paroles d’espérance qui concluent le psaume 21 :


Tu m'as répondu ! Et je proclame ton nom devant mes frères, je te loue en pleine assemblée. Vous qui le craignez, louez le Seigneur, glorifiez-le, vous tous, descendants de Jacob, vous tous, redoutez-le, descendants d'Israël. Car il n'a pas rejeté, il n'a pas réprouvé le malheureux dans sa misère ; il ne s'est pas voilé la face devant lui, mais il entend sa plainte. Tu seras ma louange dans la grande assemblée ; devant ceux qui te craignent, je tiendrai mes promesses... Et moi, je vis pour lui : ma descendance le servira ; on annoncera le Seigneur aux générations à venir. On proclamera sa justice au peuple qui va naître : Voilà son œuvre !

dimanche 26 mars 2017

Quatrième dimanche de Carême / A


Jean 9, 1-41

26/03/17

Après la rencontre avec la samaritaine, l’Evangile de ce dimanche de carême nous fait méditer la guérison de l’aveugle de naissance. Saint Jean consacre très peu de lignes au récit de la guérison. Il s’intéresse davantage à la polémique que cette guérison suscite parmi les pharisiens. Dans ce récit deux enseignements principaux nous sont donnés. Le premier concerne la question du mal physique (pourquoi cet homme est-il né aveugle ?). Le second traite de la foi et de son contraire, le refus de croire, assimilable dans le récit à un aveuglement volontaire.

Pourquoi donc cet homme est-il né aveugle ? Confrontés au scandale du mal, nous cherchons forcément des explications. La réponse donnée par Jésus et par les pharisiens est radicalement différente. Pour ces derniers, partisans de la théorie traditionnelle, c’est le péché qui expliquerait le handicap de cet homme, sa condition d’aveugle étant en quelque sorte une punition divine… Tu es tout entier plongé dans le péché depuis ta naissance… Relevons au passage la dureté et le mépris avec lesquels les pharisiens considèrent cet homme guéri par Jésus. Pour le Seigneur au contraire le péché n’explique rien. Ni cet homme, ni ses parents ne sont responsables du fait qu’il soit né aveugle. Cet état n’est donc pas une punition du péché… mais l’action de Dieu devait se manifester en lui. Nous le constatons, Jésus ne répond pas à la question de l’origine du mal physique. Ce scandale reste dans le domaine du mystère. Notre intelligence n’a pas accès à une explication rationnelle satisfaisante, et elle doit donc l’accepter plutôt que de donner de fausses réponses. Par contre Jésus semble dire que Dieu peut tirer un bien de ce mal en manifestant sa bonté et sa puissance à l’égard de cet homme. Cela signifie que le mal physique (pensons à tous les malades) exige des membres de l’Eglise un surcroit de charité et de dévouement. Les premiers hôpitaux d’Europe ont été créés et gérés par des congrégations religieuses, ils se nommaient Hôtel-Dieu.

L’autre enseignement de ce récit porte sur l’endurcissement de cœur des pharisiens et leur refus obstiné de croire en Jésus malgré l’évidence. Le signe de la guérison est clair et indiscutable… mais Jésus a eu le tort de faire du bien à cet aveugle le jour du sabbat ! C’est la raison pour laquelle ils se mettent à persécuter l’homme ayant retrouvé la vue ainsi que ses parents. Les pharisiens eux-mêmes sont divisés, puisque certains ouvrent tout de même leur cœur : Comment un homme pécheur peut-il accomplir des signes pareils ? Mais le groupe des incrédules l’emporte. Pour eux l’infraction de la loi du Sabbat est plus importante que la guérison de l’aveugle de naissance. Leur culte de la loi de Moïse ferme finalement leur cœur en la foi en Jésus, et ils préfèrent par conséquent ne pas se prononcer sur l’identité de Jésus : nous ne savons pas d’où il est. La réaction du miraculé contraste par sa simplicité avec les raisonnements tortueux des pharisiens :

Voilà bien ce qui est étonnant ! Vous ne savez pas d’où il est, et pourtant il m’a ouvert les yeux. Dieu, nous le savons, n’exauce pas les pécheurs, mais si quelqu’un l’honore et fait sa volonté, il l’exauce. Jamais encore on n’avait entendu dire que quelqu’un ait ouvert les yeux à un aveugle de naissance. Si lui n’était pas de Dieu, il ne pourrait rien faire.

Face à l’évidence des faits, ils s’enferment dans leur condamnation morale de Jésus : nous savons, nous, que cet homme est un pécheur.

La conclusion de cette page évangélique nous fait passer de la lumière naturelle à la lumière de la foi. Et Jésus fait remarquer aux pharisiens la gravité de leur propre péché, eux qui s’empressent de dénoncer le péché chez les autres…

Si vous étiez aveugles, vous n’auriez pas de péché ; mais du moment que vous dites : “Nous voyons !”, votre péché demeure.


Le pire des aveuglements, celui de l’orgueil, consiste à ne pas voir que nous ne voyons pas, à nous croire justes alors que nous sommes pécheurs. Le pire des aveuglements, c’est celui qui est volontaire et qui nous enferme dans nos préjugés, nous empêchant de découvrir dans nos vies la nouveauté de l’action de Dieu. L’humilité nous recommande, au contraire, de reconnaître notre lenteur à croire, notre manque de foi, afin d’être guéris par l’amour du Christ. Au chapitre 9 de l’évangile selon saint Marc, nous voyons le père d’un enfant possédé dire à Jésus : Je crois ! Viens au secours de mon manque de foi ! Cette prière paradoxale résume bien notre situation personnelle. La foi étant un chemin jamais terminé, nous portons toujours en nous simultanément une part de foi et une part d’incroyance. Au cœur de cette eucharistie, disons à Jésus ressuscité notre besoin de guérison et d’illumination : viens au secours de mon manque de foi !

dimanche 19 mars 2017

Troisième dimanche de Carême / Année A



19/03/2017

Jean 4, 5-42

Du troisième au cinquième dimanche de Carême, l’année liturgique A propose à notre méditation les Evangiles qui, dans l’Eglise primitive, accompagnaient les catéchumènes dans leur marche vers le baptême : aujourd’hui la samaritaine, dimanche prochain l’aveugle de naissance et enfin la résurrection de Lazare.

La rencontre de Jésus avec la femme de Samarie est un exemple saisissant de la pédagogie du Seigneur. Son but est bien de nous amener à la foi et de nous faire progresser dans notre vie de disciples. Regardons comment il procède avec la samaritaine. Il commence par une demande très matérielle : donne-moi à boire. Jésus a réellement soif. Il a beaucoup marché et il fait chaud à l’heure de midi. Sa demande suscite l’étonnement, donc la curiosité de la femme. Comment se fait-il qu’un homme Juif m’adresse la parole et me demande quelque chose ? Jésus montre ainsi que les barrières édifiées par les hommes entre eux n’ont aucune valeur, et s’opposent même à la volonté de Dieu, créateur et Père de tous les hommes. Ce que saint Paul a parfaitement traduit dans sa lettre aux Galates :

Car tous, dans le Christ Jésus, vous êtes fils de Dieu par la foi. En effet, vous tous que le baptême a unis au Christ, vous avez revêtu le Christ ; il n’y a plus ni juif ni grec, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus l’homme et la femme, car tous, vous ne faites plus qu’un dans le Christ Jésus.

Vient ensuite le moment du quiproquo :

Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : “Donne-moi à boire”, c’est toi qui lui aurais demandé, et il t’aurait donné de l’eau vive. » Elle lui dit : « Seigneur, tu n’as rien pour puiser, et le puits est profond. D’où as-tu donc cette eau vive ? »

Jésus parle d’une eau spirituelle, celle de l’Esprit Saint, mais la femme ne comprend pas et en reste à l’eau matérielle… pensant que ce serait très agréable de ne plus avoir à venir au puits chaque jour si Jésus lui donnait cette eau vive qui désaltère pour toujours… On retrouve une situation de quiproquo plus loin dans le récit lorsque les disciples, revenus de la ville avec de la nourriture, ne comprennent pas les paroles de leur Maître :

« Pour moi, j’ai de quoi manger : c’est une nourriture que vous ne connaissez pas. »

Pour sortir la samaritaine de son incompréhension, Jésus lui demande d’appeler son mari… ce qui lui permet de révéler avec délicatesse sa connaissance de la situation compliquée de cette femme… A partir de ce moment où elle le reconnaît comme un prophète et pas seulement comme un Juif original qui a soif, elle-même élève la conversation en abordant un thème spirituel, celui de l’adoration de Dieu. Il est vrai que sa question demeure marquée par le matériel : où faut-il adorer Dieu et non pas comment adorer Dieu ? Une fois de plus Jésus rectifie en lui enseignant que l’essentiel n’est pas le lieu de notre adoration mais la manière que nous avons d’adorer Dieu et d’observer ainsi le premier de tous les commandements, l’amour envers Dieu :

Dieu est esprit, et ceux qui l’adorent, c’est en esprit et vérité qu’ils doivent l’adorer.

Le Père de Jésus n’est pas une chose, un objet, une idole ou encore un dieu fait à l’image de l’homme. Il est Esprit, d’où l’interdiction de le représenter par une image. La seule image possible de Dieu étant justement son Fils dans le mystère de l’incarnation. Jésus nous fait ainsi comprendre le danger d’une religion sans spiritualité qui attacherait davantage d’importance aux aspects extérieurs du culte qu’au culte lui-même. Dans le culte que nous rendons à Dieu, ce qui est premier et essentiel c’est l’amour sincère que nous lui portons dans notre cœur et notre désir de vivre selon sa volonté en suivant les inspirations de l’Esprit. C’est cela adorer Dieu en esprit et en vérité. Mais si le Seigneur souligne l’importance de la spiritualité dans notre foi, il ne nous fait pas tomber pour autant dans un spiritualisme désincarné. Puisque tout son enseignement ne cesse de nous répéter que c’est à travers le critère de notre amour concret pour le prochain que nous pouvons savoir si nous adorons vraiment Dieu en esprit et en vérité. Un passage du prophète Michée faisait déjà le lien entre une authentique spiritualité et la justice sociale qui en découle :

Homme, répond le prophète, on t’a fait connaître ce qui est bien, ce que le Seigneur réclame de toi : rien d’autre que respecter le droit, aimer la fidélité, et t’appliquer à marcher avec ton Dieu. » La voix du Seigneur appelle la cité : « Écoutez... Puis-je supporter une mesure fausse, des biens acquis par fraude et un boisseau honteusement réduit ? Puis-je tenir pour innocents ceux qui utilisent des balances fausses, et des sacoches de poids truqués ? Les riches sont pleins de violence. Les habitants profèrent le mensonge, leur langage n’est que tromperie.
En ce temps de Carême, l’adoration en esprit et en vérité nous permet donc de faire le lien entre notre vie de prière et notre engagement personnel pour que règnent le droit et la justice dans nos relations sociales, d’où le rappel qui nous est fait du devoir de solidarité et de partage.


dimanche 5 mars 2017

Premier dimanche de Carême / année A


5 mars 2017

Genèse 2, 7-9 ; 3, 1-7

La liturgie de ce premier dimanche de Carême met en parallèle la tentation de la femme dans le jardin d’Eden et la tentation de Jésus dans le désert. Dans la deuxième lecture, saint Paul nous parle d’Adam comme celui qui préfigurait Jésus, et il nous donne le sens spirituel de ce parallélisme :
En effet, de même que par la désobéissance d’un seul être humain la multitude a été rendue pécheresse, de même par l’obéissance d’un seul la multitude sera-t-elle rendue juste.

Avant de regarder le mécanisme de la tentation et comment la femme et Jésus se comportent dans cette situation, il est intéressant de revenir brièvement au début de la première lecture, c’est-à-dire à la création de l’homme :

Alors le Seigneur Dieu modela l’homme avec la poussière tirée du sol ; il insuffla dans ses narines le souffle de vie, et l’homme devint un être vivant.

Dieu nous crée à partir de deux éléments distincts : la poussière et le souffle de vie. Nous sommes à la fois fragiles et humbles, reliés à la terre et à toutes les autres créatures, et rendus vivants par le don du souffle de vie, ce que la tradition philosophique appelle l’âme. Nous sommes en même temps matière et esprit, corps et âme.

Regardons maintenant comment le serpent tentateur s’y prend pour faire tomber la femme et avec elle son mari. Il commence par utiliser le mensonge, mais sous une forme interrogative, donc dissimulée :
« Alors, Dieu vous a vraiment dit : “Vous ne mangerez d’aucun arbre du jardin” ? »

Face à la réaction de la femme qui détecte le piège et rétablit la vérité, le tentateur, menteur et père du mensonge (Jean 8,44), accuse Dieu de mensonge :

« Pas du tout ! Vous ne mourrez pas ! Mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront, et vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. »

Il présente l’image redoutable d’un Dieu jaloux de ses privilèges et qui veut maintenir l’homme dans l’ignorance. Ce faisant il fait miroiter aux yeux de la femme l’espérance d’un changement de condition : passer de la condition de créatures à celle d’êtres de rang divin. Cette tentation originelle n’a qu’un seul but : faire tomber dans le péché capital d’orgueil la femme et son mari. Le message du serpent les invite à s’élever par eux-mêmes au niveau de Dieu en mangeant du fruit défendu. Sous-entendu, c’est en désobéissant à Dieu que vous lui serez semblables… La suite du récit est très importante pour nous faire comprendre le mécanisme psychologique de la tentation :

La femme s’aperçut que le fruit de l’arbre devait être savoureux, qu’il était agréable à regarder et qu’il était désirable, cet arbre, puisqu’il donnait l’intelligence.

Ce fruit interdit par Dieu a en effet un aspect savoureux, agréable et désirable… Le mal et le péché se présentent toujours à nous comme des réalités agréables et désirables. Nous ne faisons pas le mal pour le mal. Si nous succombons si facilement à la tentation, c’est bien parce que le mal se présente toujours à nous déguisé en bien. Ce n’est qu’une fois que nous avons succombé que nos yeux s’ouvrent en effet, non pas pour nous rendre compte que nous sommes devenus des dieux, mais pour découvrir au contraire que nous sommes nus, c’est-à-dire faibles.

Si la femme et son mari se sont laissés trompés par le serpent, Jésus, lui, sort victorieux des trois tentations. De quelle manière ? En s’appuyant sur la parole de Dieu : il est écrit… Dans la tentation, il est toujours dangereux de se fier à notre seul sentiment et jugement, car la tentation trouble justement notre capacité de discernement. En se référant à l’objectivité de la parole de Dieu, Jésus se met hors d’atteinte et n’offre ainsi aucune prise au démon. Dans la deuxième tentation, le tentateur affine sa méthode en citant lui-même la parole de Dieu. Cela signifie que certaines tentations peuvent se présenter à nous sous l’aspect de la piété et de l’obéissance à Dieu.

Le temps du Carême nous met devant les yeux ce choix fondamental : l’humilité ou l’orgueil, la vie ou la mort. A travers la prière, le jeûne et le partage, nous demandons à Dieu notre Père la grâce de l’humilité chrétienne. Nous demandons la grâce de comprendre que notre véritable grandeur, notre dignité de fils de Dieu n’est pas une conquête de notre intelligence mais un don de Jésus. Les jours qui nous acheminent vers Pâques et nous préparent à cette solennité nous invitent à vivre de l’intérieur la vérité de l’Evangile, vérité dont nous trouvons une réalisation parfaite en Jésus et en Marie :


Qui s’élève sera abaissé, qui s’abaisse sera élevé !

dimanche 19 février 2017

Septième dimanche du temps ordinaire / A

Matthieu 5, 38-48

19/02/17

Dimanche dernier, nous avons vu comment Jésus, après avoir proclamé les Béatitudes, a enseigné à ses disciples la justice supérieure de la Nouvelle Alliance. Dans l’Evangile de ce dimanche il continue à nous montrer comment il accomplit la Loi et les Prophètes à travers deux exemples : la vengeance et l’amour du prochain. L’accomplissement de la Loi dans l’Evangile aboutit à la sainteté des chrétiens. A la parole du Seigneur adressée autrefois à Moïse, soyez saints, car moi, le Seigneur votre Dieu, je suis saint, correspond la conclusion de notre page évangélique : vous donc, soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait.

Jésus interdit à ses disciples toute forme de vengeance et leur demande aussi la vertu de générosité. Le thème de la vengeance est intéressant car, à partir de lui, nous pouvons constater la progression de la révélation divine qui s’adapte en quelque sorte à la progression de l’humanité. En ce sens la loi du talion (œil pour œil, dent pour dent) représente un énorme progrès sur le chemin de la perfection car elle limite et encadre la vengeance. Pour nous en convaincre écoutons ce que dit Lamek à ses femmes dans le livre de la Genèse :

Pour une blessure, j’ai tué un homme ; pour une meurtrissure, un enfant. Caïn sera vengé sept fois, et Lamek, soixante-dix-sept fois !

C’est d’ailleurs par rapport à la vengeance disproportionnée et remplie de violence, celle de Lamek, que prend tout son sens l’enseignement que Jésus donne à Pierre sur le pardon :

Alors Pierre s’approcha de Jésus pour lui demander : « Seigneur, lorsque mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner ? Jusqu’à sept fois ? » Jésus lui répondit : « Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois.

Bref il s’agit toujours d’être vainqueurs du mal par le bien. La nouvelle humanité voulue par Jésus s’oppose à la fausse sagesse de ce monde selon laquelle si tu veux la paix, prépare la guerre. L’histoire ininterrompue des guerres et des conflits nous démontre que l’accumulation d’armes, loin de favoriser la paix, installe au contraire la méfiance et la peur, donc l’agressivité entre les peuples et les nations. C’est le cycle infernal de la course aux armements. C’est la logique mortifère des provocations et des ripostes. Notre monde soi-disant civilisé n’est même pas capable de respecter la loi du talion. Hiroshima et Nagasaki sont des exemples significatifs, parmi tant d’autres, de la défaite morale d’une humanité se situant en-deçà de la loi du talion tout en se prétendant chrétienne. Mais c’est à chacun d’entre nous que Jésus confie la loi nouvelle interdisant toute vengeance.

L’enseignement sur l’amour des ennemis s’appuie sur l’exemple de Dieu lui-même. Jusqu’au jour du jugement, Dieu s’abstient en quelque sorte de punir les méchants car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, il fait tomber la pluie sur les justes et sur les injustes. Au centre de notre foi chrétienne il y a le mystère de l’incarnation, mystère qui se déploie jusqu’à la croix et à la résurrection. Dieu s’est fait homme pour que nous soyons divinisés. L’amour des ennemis n’est pas d’abord une injonction morale. Pour Jésus la motivation est claire : il s’agit pour les fils de Dieu que nous sommes d’imiter l’attitude de leur Père du ciel. Il n’est pas question ici de sentiment : nul ne peut aimer de cette manière celui qui le fait souffrir ou lui fait du mal. Il s’agit plutôt d’un amour de volonté qui renonce à la vengeance et à la spirale sans fin de la haine. C’est en exerçant cet amour de volonté envers nos ennemis que nous sommes divins, rendus ainsi semblables à Jésus et à Dieu. Sur la croix le Fils de Dieu nous montre que cet amour des ennemis s’exerce d’abord par la prière : Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font. Lui-même a mis en pratique ce qu’il avait enseigné à ses disciples : priez pour ceux qui vous persécutent. La mort d’Etienne, le premier saint martyr de l’Eglise, nous est décrite par saint Luc comme une imitation de la mort de Jésus, Etienne reprenant deux des paroles de son Maître et Seigneur crucifié :

Reçois mon esprit.
Seigneur, ne leur tiens pas compte de ce péché !