dimanche 5 novembre 2017

TOUSSAINT 2017


Le concile Vatican II a enseigné, en conformité avec le message du Nouveau Testament, que tous les fidèles du Christ étaient appelés à la sainteté. C’est donc la vocation commune à tous les chrétiens en raison de la grâce reçue au baptême et à la confirmation. Cette grande vérité avait été quelque peu oubliée dans le passé, si bien qu’on en venait à penser que la sainteté était réservée aux vocations particulières : religieux, religieuses et membres du clergé. Saint François de Sales s’est élevé avec force contre cette réduction de l’appel à la sainteté à certaines vocations, et cela au 17ème siècle. En témoigne ce passage de son Introduction à la vie dévote :

C'est une erreur de vouloir bannir la vie dévote de la compagnie des soldats, de la boutique des artisans, de la cour des princes, du ménage des gens mariés. Il est vrai que la dévotion purement contemplative, monastique et religieuse ne peut être exercée en ces vocations-là mais aussi, outre ces trois sortes de dévotion, il y en a plusieurs autres, propres à perfectionner ceux qui vivent ès états séculiers. Où que nous soyons, nous pouvons et devons aspirer à la vie parfaite.

La solennité de la Toussaint est une occasion de nous rappeler cet appel universel à la sainteté, appel qui concerne tout autant les membres laïcs de l’Eglise que le clergé et les personnes consacrées dans la vie religieuse. Simplement chaque chrétien peut aspirer à la sainteté en fonction de sa vocation, ce qui signifie que les chemins et les moyens ne sont pas les mêmes pour tous. Saint François de Sales le montre clairement :

Dieu commanda en la création aux plantes de porter leurs fruits, chacune selon son genre : ainsi commande-t-il aux chrétiens, qui sont les plantes vivantes de son Église, qu'ils produisent des fruits de dévotion, un chacun selon sa qualité et vocation. La dévotion doit être différemment exercée par le gentilhomme, par l'artisan, par le valet, par le prince, par la veuve, par la fille, par la mariée ; et non seulement cela, mais il faut accommoder la pratique de la dévotion aux forces, aux affaires et aux devoirs de chaque particulier.

Le concile Vatican II enseigne que le lieu propre de l’exercice de la sainteté par les fidèles laïcs, c’est notre monde. Les personnes laïques, mariées ou célibataires, se sanctifient dans l’accomplissement de leurs tâches au sein même des réalités terrestres. D’où l’importance de toujours rechercher l’accomplissement de son devoir d’état dans la famille, le travail comme dans la société. Les laïcs se sanctifient tout particulièrement dans les domaines étudiés par la doctrine sociale de l’Eglise : la famille, le travail et l’économie, la politique, l’écologie et la promotion de la paix. C’est par leur engagement de foi dans ces réalités, si importantes pour la vie de la société, que les fidèles laïcs sont sel de la terre et lumière du monde. Cela ne signifie pas, bien sûr, que les laïcs pourraient se désintéresser de la spiritualité et de la vie de prière, bien au contraire. Simplement une maman ou un papa ne peuvent pas s’adonner à la prière de la même manière qu’une personne consacrée dans un monastère. Et saint François de Sales va encore plus loin en affirmant que notre recherche de la sainteté doit aussi tenir compte de notre situation personnelle concrète : il faut accommoder la pratique de la dévotion aux forces, aux affaires et aux devoirs de chaque particulier. Cela signifie que telle mère ou père de famille pourra prier chaque jour 30 minutes alors que pour d’autres 10 minutes suffiront… Donc pas de règles rigides et uniformes qui seraient valables pour tous dans la recherche de la vie parfaite ! Même si un minimum est exigé comme la participation à la messe du dimanche, la prière quotidienne et la confession pascale ainsi que la volonté de mettre en pratique le commandement de l’amour. La première lecture nous montre une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, races, peuples et langues. La sainteté n’est donc pas réservée à un petit nombre d’élus. Telle est notre espérance, devenir semblables à Jésus parce que nous le verrons tel qu’il est. Tout homme qui fonde sur lui une telle espérance se rend pur comme lui-même est pur. La sainteté est en effet d’abord un chemin, toujours à reprendre sans jamais se décourager. Elle est le chemin du désir de Dieu, du désir de ressembler au Christ des Béatitudes. Elle est le chemin de la communion avec Dieu par la pratique du commandement de l’amour. Nous faisons dès maintenant partie du peuple des saints et des saintes si nous nous reconnaissons dans les paroles du psaume :

Voici le peuple de ceux qui cherchent le Seigneur, qui recherchent la face de Dieu !

Les saints et les saintes du Ciel ont tous été des chercheurs de Dieu en pratiquant jour après jour, dans la joie comme dans les épreuves, les vertus de foi, espérance et charité.


samedi 21 octobre 2017

29ème dimanche du temps ordinaire / année A



Matthieu 22, 15-21

22/10/17

Dans les derniers jours de son ministère public à Jérusalem, Jésus est confronté à ses ennemis qui cherchent par tous les moyens possibles à le discréditer. Toutes les questions qui lui sont posées ne proviennent pas du désir de connaître la vérité mais de la volonté de le faire tomber dans un piège. La parole humaine en est réduite alors à n’être qu’une arme en vue de détruire l’adversaire. Pour citer l’Ecclésiaste, rien de nouveau sous le soleil. Cet usage hypocrite et pervers de la parole humaine se poursuit de nos jours dans les prétendus débats politiques, et certains de nos journalistes ressemblent bien aux pharisiens du temps de Jésus. Avant même de poser leurs questions, ils ont condamné la personne à laquelle ils s’adressent. Leur but n’est pas de mettre en valeur ce qu’elle pense réellement sur des sujets de fond, mais de la prendre en faute sur des détails insignifiants… Bref ils ne contribuent pas à informer de manière objective mais ils manipulent l’opinion publique. Pour masquer l’hypocrisie et la manipulation, rien ne vaut une bonne dose de flatterie… Maître, nous le savons : tu es toujours vrai et tu enseignes le chemin de Dieu en vérité ; tu ne te laisses influencer par personne, car ce n’est pas selon l’apparence que tu considères les gens. Cette description de Jésus est parfaitement juste. Le problème réside dans le fait que les pharisiens n’y adhèrent pas intérieurement, ils sont dans l’hypocrisie la plus totale. Quant à leur question, elle est formulée de telle manière qu’elle révèle leur penchant légaliste : Est-il permis, oui ou non, de payer l’impôt à l’empereur ? Le Seigneur ne va tomber dans le piège et il va s’abstenir de répondre oui ou non de manière directe. Derrière la question des pharisiens se profile le problème politique qui les tracasse. Depuis Pompée, leur pays, la Judée, est une province sous l’autorité de Rome. C’est cela qu’ils ne supportent pas. C’est la raison pour laquelle ils se dispenseraient bien de payer l’impôt à César. Jésus n’est pas venu pour jouer le rôle d’un Messie politique, d’un Juif nationaliste, rempli de zèle pour bouter l’occupant romain hors d’Israël. Sa mission est essentiellement spirituelle : permettre aux hommes de se convertir pour accueillir le Royaume des Cieux. Il distingue donc les réalités de ce monde, temporelles, comme l’organisation politique, des réalités spirituelles. D’une manière très habile, il fait remarquer à ses ennemis qu’ils sont bien obligés d’utiliser les monnaies romaines dans leur vie quotidienne, que cela leur plaise ou pas. D’où la leçon selon laquelle il convient de rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. Implicitement, il leur répond qu’il faut payer l’impôt à César, car cela ne constitue absolument pas un obstacle à l’essentiel : la vie de communion avec Dieu. Les empereurs romains comme les présidents de la République passent, seul Dieu demeure. Autrement dit l’occupation romaine n’empêche pas le Juif qui le désire d’adorer Dieu en esprit et en vérité. C’est d’un autre domaine. D’ailleurs lorsque le Royaume de Juda et d’Israël était indépendant et libre, beaucoup de rois ont malheureusement été de mauvais rois qui ont été infidèles à la foi monothéiste et sont tombés dans des pratiques païennes… La vraie question n’est donc pas de type légal : est-il permis, oui ou non ? mais bien spirituelle : comment je peux progresser dans la vraie foi, l’amour et l’adoration du Dieu vivant quel que soit le contexte politique dans lequel je me trouve. Il est toujours dangereux de confondre la sphère temporelle du politique, par définition imparfaite et changeante, et la sphère de la vie spirituelle ancrée sur le roc de la sainteté de Dieu. Le billet de banque des Etats-Unis témoigne de cette confusion en osant mettre le nom de Dieu sur un vulgaire moyen de paiement, In God we trust… L’intention était probablement d’honorer Dieu, mais le résultat est dramatiquement l’opposé puisqu’on rabaisse le nom sacré de Dieu en l’imprimant sur un billet de banque… Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’Argent… Une autre manière de dire : Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. D’où l’importance pour nous de ne pas diviniser la sphère temporelle et politique et de ne pas mettre Dieu au service des Césars de notre temps. Pour ce qui est des lois civiles justes comme payer l’impôt, Jésus est légaliste, et Paul à sa suite. Pour ce qui est de notre relation avec Dieu, Jésus dépasse le domaine de ce qui est permis ou pas, il nous demande en effet d’aimer Dieu de tout notre cœur, de toute notre âme, de toute notre intelligence et de toute notre force.

dimanche 15 octobre 2017

28ème dimanche du temps ordinaire / A


Matthieu 22, 1-14

15/10/17

Nous avons probablement tous déjà fait cette expérience désagréable : inviter des amis à une fête ou à un bon moment à passer ensemble et recevoir une réponse négative du style : excuse-moi, mais je n’ai pas le temps… Peut-être avons-nous renouvelé nos invitations quelques fois… et avons-nous fini par nous décourager devant le manque d’enthousiasme de ceux que nous invitions à partager un bon moment ensemble… Dans ces moments nous pouvons ressentir en nous de l’amertume et de la colère en nous posant la question suivante : ceux que nous avons invité et qui ont refusé étaient-ils vraiment des amis ou bien de simples connaissances ?
Dans la Bible, Dieu se présente très souvent à nous comme celui qui appelle, celui qui invite. C’est le thème principal de la parabole de ce dimanche. Mais ici ce n’est pas une simple invitation à participer à une fête quelconque : il s’agit en effet du Père qui célèbre les noces de son Fils. Une fête de mariage n’est pas comparable à une banale soirée de fête ! C’est un événement extrêmement important et significatif. Mais si le Fils de Dieu, Jésus, est l’époux dans la parabole, alors qui est l’épouse ? Plusieurs réponses peuvent être données à cette question. Pensons tout d’abord au mystère de l’incarnation par lequel le Fils de Dieu épouse notre humanité en se faisant notre frère. Mais l’épouse peut aussi être l’Eglise pour laquelle Jésus a donné sa vie, et donc d’une certaine manière chaque membre de l’Eglise, chaque baptisé. Tous les chrétiens sont ainsi appelés à fêter les noces du Royaume des cieux, à se réjouir de l’Alliance d’amour entre le Père et l’humanité en son Fils Jésus. Oui, la multitude des hommes est appelée.

Si cette parabole nous parle de l’invitation de Dieu, elle nous montre aussi comment nous répondons à cet appel : les invités ne voulaient pas venir ; ils n’en tinrent aucun compte et s’en allèrent, l’un à son champ, l’autre à son commerce. Ces réactions sont déjà bien décevantes, mais il y a pire encore : les autres empoignèrent les serviteurs, les maltraitèrent et les tuèrent. C’est le drame qu’ont vécu tous les prophètes, Jésus lui-même et tous les serviteurs de l’Evangile qui continuent aujourd’hui à inviter tous les hommes au repas de fête, au festin de l’Alliance entre Dieu et l’humanité. Bref Dieu invite et les hommes préfèrent s’occuper de leurs affaires terrestres plutôt que de lui répondre. Si Dieu nous considère comme ses enfants bien-aimés, malheureusement nous le considérons souvent comme un détail dans notre vie, celui à qui nous donnons la dernière place. Une fois que nous avons passé la plus grande partie de notre temps à notre travail, à nos occupations et à nos divertissements, peut-être donnerons-nous quelques miettes de notre temps pour vivre notre relation avec Jésus. Le repas des noces ne fait pas seulement allusion au festin symbolique de la fin des temps dans le Royaume des cieux mais aussi au repas de l’eucharistie auquel nous sommes invités chaque dimanche, repas qui nous prépare justement à notre entrée dans la vie éternelle : heureux les invités au repas du Seigneur ! Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. Quand il s’agit d’organiser notre week-end, notre dimanche, quelle place donnons-nous à cette invitation que Jésus nous fait par la voix de son Eglise ? Pouvons-nous répondre au Seigneur, si nous l’aimons vraiment, non, désolé, je n’ai pas le temps, je n’ai pas une heure à te consacrer pour participer à ton repas de fête ? L’image du repas des noces, donc du festin de l’amour entre Dieu et l’humanité, ne se limite pas à évoquer la communion au corps et au sang de Jésus lors de la messe du dimanche. Chaque fois que nous donnons de notre temps et que nous nous donnons nous-mêmes au Seigneur pour nourrir notre foi et notre relation avec lui, nous répondons oui à son invitation : lecture de la Bible, prière personnelle, temps de récollection ou de retraite etc.

Le repas est prêt mais les invités n’en étaient pas dignes. La liturgie de la messe nous fait bien comprendre que nous ne serons jamais dignes du grand don qui nous est fait. Non pas pour nous décourager ou nous condamner, mais pour mettre en notre cœur l’humilité sans laquelle nous ne pouvons pas profiter pleinement du don de la communion. C’est la raison pour laquelle nous reprenons les paroles de l’officier romain dans l’Evangile. Nous sommes venus, nous avons répondu à l’appel du Seigneur, mais il nous faut demeurer humbles et éviter l’orgueil qui nous ferait penser que nous faisons partie du petit nombre des élus, car le fait même d’avoir répondu à l’invitation est déjà une grâce de Dieu :


Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir, mais dis seulement une parole et je serai guéri.

dimanche 1 octobre 2017

26ème dimanche du temps ordinaire / A


Premier octobre 2017

Mt 21, 28-32

Dans l’Evangile de ce dimanche, Jésus s’adresse aux chefs des prêtres et aux anciens. Ceux-ci lui reprochent son action dans le Temple, lorsqu’après son entrée triomphale dans Jérusalem, il en a chassé  les marchands et les changeurs de monnaie qui y commerçaient en vue des sacrifices d’animaux. La tension est donc vive entre le Seigneur et les responsables religieux du peuple. La petite parabole des deux fils, très simple à comprendre, s’adresse à eux pour leur reprocher leur manque de foi. Si les pécheurs, représentés ici par les publicains et les prostituées, ont cru au message de Jean-Baptiste, eux ont refusé de croire, même après avoir vu l’exemple de la conversion des pécheurs. La parabole porte donc sur notre capacité à croire et notre capacité à mettre notre vie en harmonie avec la foi que nous proclamons. Elle nous parle aussi de la possibilité que nous avons d’endurcir notre cœur. Elle reprend l’image du travail dans la vigne de Dieu, déjà rencontrée dimanche dernier. Notre travail dans la vigne est le signe que nous voulons accomplir la volonté du Père. Nous lui faisons confiance et nous obéissons à sa parole. Jésus insiste sur l’importance de nos actes (le travail dans la vigne), actes qui représentent les fruits de notre foi, donc notre conversion. La vie chrétienne exige en effet de chacun de nous une conversion permanente car le risque est grand pour nous de ressembler au fils qui dit oui, qui dit à Dieu « je crois en toi », mais qui refuse ensuite de conformer sa vie à la parole de Dieu. Jésus avait déjà enseigné ce point au chapitre sept du même Evangile, et cet enseignement est une constante dans ses paroles : Ce n’est pas en me disant : “Seigneur, Seigneur !” qu’on entrera dans le royaume des Cieux, mais c’est en faisant la volonté de mon Père qui est aux cieux.

Plus loin dans le même Evangile, Jésus dénonce cet écart entre les paroles et les actes chez les maîtres de la Loi et les Pharisiens : Tout ce qu’ils peuvent vous dire, faites-le et observez-le. Mais n’agissez pas d’après leurs actes, car ils disent et ne font pas.


Finalement la parabole des deux fils est un commentaire de la demande du Notre Père : Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel ! Un aspect intéressant de cette parabole concerne notre psychologie humaine blessée par le péché et soumise à la tentation. Nous avons probablement déjà fait l’expérience du premier fils dans notre vie. Face à la volonté de Dieu, connue à travers les enseignements du Seigneur et les inspirations de l’Esprit Saint, nous avons tout d’abord dit « non », nous avons refusé. Et souvent il nous faut un certain temps pour pouvoir dire « oui » et agir en conformité avec ce que le Seigneur attend de nous. Ce qui signifie que notre conversion à l’Evangile est un processus qui prend toujours du temps, à la suite de notre premier acte de foi en Dieu. Ce qui rend notre vie avec le Christ enthousiasmante et vivante, belle et joyeuse, c’est cette expérience que nous pouvons faire chacun, chacune, de manière personnelle. C’est le fait que de petites victoires en petites victoires, nous nous fortifions et nous progressons dans l’accomplissement de la volonté de Dieu. Et au plus nous sommes sanctifiés par l’amour du Seigneur, au plus l’accomplissement de notre vocation chrétienne devient pour nous une source de joie, de paix et d’épanouissement. La lutte demeure toujours présente, mais c’est d’abord la présence de Jésus Ressuscité qui nous guide et nous soutient pour que notre « oui » soit vraiment un « oui » authentique : Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme. Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. 

dimanche 17 septembre 2017

24ème dimanche du temps ordinaire / année A


17/09/17

Matthieu 18, 21-35

Le chapitre 18 de l’Evangile selon saint Matthieu est une catéchèse sur le mystère de l’Eglise. L’Evangile de ce dimanche correspond à la conclusion de cette catéchèse construite à partir des paroles du Christ. L’enseignement de Jésus part souvent des questions qu’on lui pose. Le Seigneur aime en effet écouter les questions des hommes pour délivrer son message. Le chapitre 18 s’ouvre par une question des disciples et s’achève par une question de Pierre :

Qui donc est le plus grand dans le Royaume des Cieux ?

Seigneur, quand mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner ? Jusqu’à sept fois ?


A ces deux questions, le Seigneur répond en donnant des modèles à imiter, des sources d’inspiration pour notre conduite chrétienne. La vraie grandeur consiste à se faire petit comme un enfant et le pardon authentique fait de nous des imitateurs de Dieu. D’un côté nous avons donc comme modèle le petit enfant et de l’autre Dieu le Père ! Humilité et pardon, humilité et miséricorde vont donc de pair, et trouvent en Jésus, image du Père, leur union parfaite et leur sommet. Ces deux dispositions du cœur, ces deux attitudes sont caractéristiques de la vie chrétienne, et dessinent par conséquent le visage de l’Eglise. Le Fils éternel de Dieu s’est manifesté en la personne de Jésus pour offrir à l’humanité le pardon de Dieu et à la création tout entière le don de la réconciliation et de la paix. Si Jésus exige de Pierre et de tous ses disciples un pardon sans limite, un pardon infini, c’est parce que la miséricorde de Dieu est elle-même infinie et sans bornes. La capacité de pardonner chez les chrétiens devient ainsi une participation humaine à la miséricorde de Dieu manifestée dans le Christ. Que le pardon soit un thème central dans la prédication de Jésus ne demande pas beaucoup de démonstration… Qu’il nous suffise de penser à la demande du Notre Père ! Cette capacité de pardonner est le signe de la présence du Royaume de Dieu parmi nous, elle est un signe éclatant de sainteté. A l’inverse l’attitude du débiteur impitoyable dans la parabole nous fait retomber dans un monde privé de la grâce divine, dans un univers païen. Chaque fois que nous refusons en tant que chrétiens d’offrir le pardon, nous ne sommes pas simplement ingrats et illogiques mais nous bloquons en quelque sorte l’avènement du Royaume de Dieu. Nous déconstruisons ce que Jésus nous a obtenu par l’offrande de sa vie. Notre psychologie humaine, blessée par le péché des origines, est ainsi faite que nous sommes généralement indulgents envers nous-mêmes et impitoyables envers les autres. Les grands saints nous étonnent souvent parce qu’ils se considèrent comme de grands pécheurs. Ils inversent dans leur vie l’instinct psychologique qui accuse autrui avant de se remettre soi-même en question. Notre tendance à être sans pitié envers autrui va de pair avec une autre tendance, presque automatique en nous, celle du jugement. Nous progresserons dans notre capacité à pardonner au fur et à mesure que nous vaincrons cette tendance à juger rapidement les autres sans connaître les tenants et les aboutissants de leur histoire personnelle. Si pardon et humilité vont de pair dans la vie de l’Eglise, alors le conseil que Paul donnait aux premiers chrétiens nous est infiniment précieux si nous voulons refléter dans nos vies la miséricorde du Seigneur à notre égard : ne faites rien par rivalité ni pour la gloire ; ayez l’humilité de croire les autres meilleurs que vous-mêmes. Au lieu de penser chacun à son intérêt, que chacun se préoccupe des autres.

dimanche 10 septembre 2017

23ème dimanche du temps ordinaire / A


10/09/17

Matthieu 18, 15-20

L’Evangile de ce dimanche nous parle de la vie de la communauté chrétienne, de la vie en Eglise. Jésus aborde deux aspects de cette vie communautaire : le péché et la prière. Si nous lisons cet Evangile dans le contexte plus large du chapitre 18 de l’Evangile selon saint Matthieu, nous nous apercevons que ce chapitre s’ouvre par une question des disciples : Qui donc est le plus grand dans le Royaume des Cieux ? Et à cette question Jésus répond en appelant un petit enfant… Si quelqu’un peut se rabaisser au niveau de cet enfant, c’est lui le plus grand dans le Royaume des Cieux. Ainsi la note essentielle des disciples, donc de l’Eglise, c’est l’humilité. L’Eglise, à l’exemple de son Maître et Seigneur, est d’abord servante. Jésus aborde ensuite la question du scandale dans la communauté chrétienne. Puis, juste avant l’Evangile de ce dimanche, il propose la parabole de la brebis perdue avec comme conclusion : votre Père des Cieux ne veut pas qu’un seul de ces petits se perde. Si l’Eglise est d’abord servante, c’est pour le salut de tous les hommes. Ou pour le dire autrement l’Eglise n’est pas signe de salut en dominant mais en s’abaissant, comme Jésus l’a fait lors du lavement des pieds.

Dans ce contexte les paroles sur la correction fraternelle s’éclairent d’un jour nouveau. Elles nous rappellent que l’Eglise sainte est composée de membres pécheurs. Le péché dont parle ici Jésus doit revêtir une certaine gravité. Il ne s’agit pas des péchés véniels auxquels tous les chrétiens succombent quotidiennement. Il s’agit du péché qui constitue un contre-témoignage flagrant, du péché qualifié de mortel par l’Eglise car il nous sépare de Dieu et blesse la communion de l’Eglise. D’où la nécessité d’une intervention de la communauté auprès du pécheur en vue de son salut et pour obtenir son repentir. Jésus recommande en priorité une intervention discrète (va lui parler seul à seul), car elle respecte davantage la dignité de la personne qui a péché. La correction fraternelle n’a pas pour but d’humilier publiquement le pécheur. Ce n’est que lorsque le pécheur s’endurcit dans sa faute que cette correction de la part de l’Eglise prend un caractère solennel et public qui peut aboutir à ce que nous appellerions aujourd’hui l’excommunication (considère-le comme un païen et un publicain). Dans des cas extrêmes l’Eglise a en effet le devoir de protéger ses membres contre un membre qui, par son attitude, sème le trouble et cause le scandale. L’importance de la communion en Eglise se vérifie avec les paroles de Jésus sur la prière : la prière communautaire a plus de puissance que la prière personnelle, car quand deux ou trois sont réunis au nom de Jésus, il est là au milieu d’eux. L’enseignement du Seigneur sur l’Eglise s’ouvre par l’humilité et se conclue, à la fin du chapitre 18, par l’importance du pardon : mon Père des cieux vous traitera de la même façon si chacun de vous ne pardonne pas à son frère du fond de son cœur. A travers les paroles de Jésus, saint Matthieu nous offre ainsi une magnifique catéchèse sur la vie en Eglise. L’Eglise telle que Jésus la veut est cette communauté de croyants qui vit le service comme la véritable grandeur et qui se dévoue totalement à un monde réconcilié. Le pouvoir de la communauté Eglise n’a pas d’autre but que le salut de tous, et ce salut implique l’engagement des chrétiens pour la justice et pour la paix. L’Eglise, corps du Christ et temple de l’Esprit, est enfin le lieu privilégié de la présence et de l’action du Seigneur, en particulier dans la prière communautaire et liturgique : Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là au milieu d’eux.


dimanche 2 juillet 2017

13ème dimanche du temps ordinaire / A


2/07/17

Matthieu 10, 37-42


Au centre de l’Evangile que nous venons d’écouter se trouve cette sentence paradoxale : Qui a trouvé sa vie la perdra ; qui a perdu sa vie à cause de moi la gardera. Autour de cette sentence Jésus nous parle de notre famille humaine et de notre famille spirituelle, l’Eglise en tant que communauté des croyants. Il commence par nous parler de notre condition de disciples. Etre son disciple exige de notre part ce que j’appellerais un amour et un attachement prioritaires. Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi. La traduction liturgique en utilisant l’adjectif digne peut nous porter à une fausse interprétation de la pensée du Christ. Une autre traduction, celle de Chouraqui, peut nous aider à y voir plus clair : Qui me préfère père ou mère ne vaut pas pour moi. Nous savons bien que nous ne serons jamais dignes du Christ. C’est d’ailleurs que nous disons avant chaque communion eucharistique. Il faut donc comprendre : Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne d’être appelé mon disciple, parce qu’il préfère l’amour de sa famille à mon amour. Pour le dire clairement : l’amour pour le Christ doit être prioritaire dans la vie du disciple. Tout le reste, aussi légitime soit-il, doit passer après notre attachement au Christ. Si, malheureusement et cela arrive parfois, il y a concurrence dans notre vie entre l’amour que nous devons à Jésus et celui que nous devons à nos parents ou à nos enfants, alors nous devons toujours choisir l’amour pour Jésus afin d’être vraiment ses disciples. C’est ce que Jésus lui-même a mis en pratique dans sa propre vie par rapport à sa propre famille humaine. Souvenons-nous de l’épisode lors du pèlerinage à Jérusalem lorsque le jeune Jésus, âgé de 12 ans, demeure dans le temple sans prévenir ses parents : En le voyant, ses parents furent frappés d’étonnement, et sa mère lui dit : « Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois comme ton père et moi, nous avons souffert en te cherchant ! » Il leur dit : « Comment se fait-il que vous m’ayez cherché ? Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ? » A cet instant précis, le jeune Jésus fait comprendre à Marie et à Joseph que son amour pour le Père est premier. Plus tard il montrera que sa vraie famille n’est pas celle de la chair et du sang, mais bien la famille spirituelle : Quelqu’un lui dit : « Ta mère et tes frères sont là, dehors, qui cherchent à te parler. » Jésus lui répondit : « Qui est ma mère, et qui sont mes frères ? » Puis, étendant la main vers ses disciples, il dit : « Voici ma mère et mes frères. Car celui qui fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là est pour moi un frère, une sœur, une mère. » Si Jésus exige de nous un attachement aussi fort que celui que je viens de décrire, n’oublions pas que dans la deuxième partie de cet Evangile il s’identifie à nous, qui sommes ses disciples : Qui vous accueille m’accueille ; et qui m’accueille accueille Celui qui m’a envoyé. En partant du Père, source de toute vie, jusqu’à nous et en passant par le Christ, c’est une même et unique famille, celle des enfants de Dieu. Si bien qu’accueillir un chrétien, c’est accueillir le Christ lui-même, et donc Dieu lui-même. Nous le voyons l’amour prioritaire est réciproque : des disciples pour le Christ et du Christ pour les disciples. Si Jésus a aimé Marie et Joseph, ce n’est pas d’abord parce qu’ils étaient ses parents, mais surtout parce qu’ils étaient des disciples qui cherchaient en toutes choses dans leur vie la volonté du Père. Ce que Jésus enseigne ici est d’ordre surnaturel. Il nous fait comprendre que les liens les plus importants ne sont pas ceux de la chair et du sang, mais ceux de l’Esprit. Ce n’est pas pour rien qu’il nous faut renaître de l’eau et de l’Esprit par le baptême pour faire partie de cette nouvelle réalité qu’est l’Eglise, famille des enfants de Dieu unie par les liens de la foi, de la charité et de l’espérance : A tous ceux qui l’ont reçu, le Verbe a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu, eux qui croient en son nom. Ils ne sont pas nés du sang, ni d’une volonté charnelle, ni d’une volonté d’homme : ils sont nés de Dieu.