dimanche 7 janvier 2018

ÉPIPHANIE 2018

Épiphanie 2018

Matthieu 2, 1-12

L’Epiphanie nous raconte la visite des mages d’Orient auprès de l’enfant Jésus à Bethléem. Lorsque nous lisons le récit qu’en fait saint Matthieu, nous remarquons un mot qui revient souvent, celui de roi. Et ce mot ne s’applique pas aux mages, mais bien à Hérode le Grand et à l’enfant qui vient de naître. L’évangéliste met ainsi en parallèle la royauté d’Hérode et celle de Jésus. Hérode est roi de Judée mais il doit son pouvoir uniquement à la volonté des romains qui sont, en réalité, les vrais maîtres de la Judée, c’est donc un roi sous le contrôle de l’empereur de Rome. Jésus est né sous le règne du premier empereur romain, Auguste. Hérode a beau être un roi de pacotille, il tient énormément à cette part de pouvoir que Rome lui a concédé, et l’histoire a retenu sa cruauté pour se maintenir à tout prix à son poste. En face de lui, nous avons Jésus, non pas à Jérusalem, mais à Bethléem, la ville du grand roi David. Les mages parlent de lui en utilisant l’expression « roi des Juifs », tandis que les prêtres citent la prophétie de Michée parlant d’un chef-berger ou chef-pasteur du peuple d’Israël. D’un côté nous avons donc un roi mis en place par l’autorité romaine, et de l’autre un roi nouveau-né dont l’autorité vient de Dieu. L’étoile pour les mages, la prophétie pour les Juifs indiquent bien que ce roi n’est pas seulement un roi terrestre comparable aux autres, mais qu’il a un caractère divin. Hérode a acheté son pouvoir aux romains par l’argent, les mages reconnaissent le pouvoir de l’enfant grâce à l’étoile.


A ce premier parallélisme en correspond un autre dans le récit de Matthieu. Il y a donc deux rois, très différents et même opposés, il y a aussi deux réactions différentes et opposées face à la naissance de l’enfant Jésus. La réaction d’Hérode, homme d’ambition et de pouvoir, était prévisible : c’est la panique lorsqu’il entend parler d’un roi des Juifs. Il est bouleversé par la peur de perdre son pouvoir en Israël. Si son cœur avait été ouvert, il aurait compris que la royauté de cet enfant, d’un ordre totalement différent de la sienne, n’était pas un danger pour lui. Mais Hérode est purement terrestre et ne connaît pas l’existence des réalités spirituelles. Il est animé par l’esprit de ce monde, parfaitement bien résumé par saint Jean dans sa première lettre : N’aimez pas le monde, ni ce qui est dans le monde. Si quelqu’un aime le monde, l’amour du Père n’est pas en lui. Tout ce qu’il y a dans le monde – la convoitise de la chair, la convoitise des yeux, l’arrogance de la richesse –, tout cela ne vient pas du Père, mais du monde. Or, le monde passe, et sa convoitise avec lui. Mais celui qui fait la volonté de Dieu demeure pour toujours. Les mages, des étrangers, des scientifiques, ont, eux, une disposition contraire qui leur fait entreprendre un long voyage pour honorer le nouveau-né. Aucun bouleversement, aucune inquiétude, mais seulement une très grande joie. L’une des leçons essentielles de l’Epiphanie pour nous est bien la suivante : chaque fois que nous reconnaissons humblement l’autorité de Dieu et sa manifestation parfaite dans la royauté du Christ, chaque fois que nous nous ouvrons à l’adoration de Dieu, nous recevons le don de la joie véritable, celui de la joie spirituelle. Par contre si notre cœur s’attache aux promesses de ce monde (gloire, pouvoir et richesse), nous ne pouvons pas connaître la paix du cœur et notre âme est sans cesse tourmentée, à l’image de celle d’Hérode. C’est l’occasion de nous rappeler quel est le fruit de l’Esprit Saint dans nos vies en citant l’apôtre Paul : voici le fruit de l’Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi. En ces domaines, la Loi n’intervient pas. Ceux qui sont au Christ Jésus ont crucifié en eux la chair, avec ses passions et ses convoitises.

dimanche 31 décembre 2017

LA SAINTE FAMILLE / Année B



31/12/17

Luc 2, 22-40

Le dimanche dans l’octave de la Nativité est celui de la sainte famille. Dans notre année liturgique, ce dimanche nous invite à contempler non seulement la famille de Jésus mais aussi sa vie cachée à Nazareth pendant 30 ans. Même si les Evangiles ne nous disent quasiment rien de cette vie cachée, c’est au sein de sa famille, en compagnie de Marie et Joseph, que Jésus s’est préparé longuement à sa mission.

L’Evangile de la présentation au temple met en avant la piété des parents de Jésus, leur fidélité à la loi de Moïse. La deuxième lecture nous invite à voir en Joseph et Marie des parents croyants. La foi est en effet la lumière qui les guide dans toutes leurs actions. Ce premier aspect de l’Evangile nous présente donc les parents de Jésus comme des modèles à imiter pour les parents chrétiens. Une famille chrétienne, c’est une famille dans laquelle Dieu n’est pas lointain ou étranger, c’est une famille dans laquelle la foi est cette boussole qui nous guide et nous oriente sur les chemins de la vie, dans les joies comme dans les épreuves. Dans ce contexte les parents sont les premiers témoins de la foi pour leurs enfants, essentiellement par leur exemple. Leur meilleure prédication se fait par le témoignage de leur vie. Des parents qui agissent et réagissent en croyants, qui jugent des choses de ce monde à la lumière de la foi, montrent dans leur vie quotidienne la présence et l’action de Dieu. Ils font comprendre à leurs enfants que la foi n’est pas une belle théorie, mais une force capable de transformer peu à peu notre vie et la société à laquelle nous appartenons.

L’intervention de Syméon et d’Anne, tous les deux remplis d’Esprit Saint, lors de la présentation de l’enfant Jésus, nous montre que la sainte famille n’était pas renfermée sur elle-même. Relevons en effet comment Joseph et Marie, pourtant privilégiés du point de vue spirituel, reçoivent grâce à Syméon et Anne une compréhension plus profonde de leur enfant. Jésus a été dès sa naissance et jusqu’à sa mort en croix une source d’étonnement pour ses parents. Mettre au monde des enfants implique toujours de se préparer à cet étonnement. Les enfants surprennent et leur évolution ne correspond pas toujours au projet de leurs parents. Dans une famille chrétienne, les parents donnent l’exemple de la foi et de l’amour pour Dieu et pour le prochain. Tout le reste est entre les mains de Dieu. Les parents n’ont pas le pouvoir de donner la foi à leurs enfants. Leur mission consiste à leur montrer humblement le chemin de la vie chrétienne. Par le baptême, ils offrent à leurs enfants le cadeau de la grâce divine pour qu’ils puissent être remplis de foi. Syméon voit en l’enfant Jésus un signe de contradiction ou de division. Il indique par-là la vocation particulière et unique de l’enfant par rapport à son peuple : il provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Grâce à l’Esprit Saint, Syméon permet aux parents de Jésus de comprendre dès le départ le caractère dramatique de sa mission. Cet enfant, en grandissant, les surprendra et sera pour eux une source de douleur lorsque sa mission s’achèvera sur la croix. Les parents chrétiens, eux aussi, ont besoin d’être ouverts aux autres, en particulier à des frères et sœurs dans la foi, pour mieux comprendre la destinée de leurs propres enfants.

Enfin la conclusion de l’Evangile nous indique quels sont les piliers de l’éducation chrétienne. Les parents sont là pour favoriser chez leurs enfants la croissance, celle du corps (il grandissait) par la saine nourriture et la santé physique, mais aussi celle de l’intelligence des choses (rempli de sagesse) par l’éveil culturel, et enfin la croissance dans la foi (la grâce de Dieu était sur lui).

lundi 25 décembre 2017

NATIVITÉ DU SEIGNEUR 2017


Noël 2017

Jean 1, 1-18

Le magnifique prologue de saint Jean célèbre le mystère de l’incarnation du Seigneur, Noël : et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous. Si nous méditons ce prologue en lien avec l’Evangile de saint Luc, celui de la messe de la nuit de Noël, alors nous comprenons que l’enfant né de la Vierge Marie, et couché dans la crèche, est le Verbe de Dieu, la Parole de Dieu ! Le contraste est saisissant. Le nouveau-né, être fragile, faible et totalement dépendant, naissant dans le dénuement, et la Parole puissante de Dieu, la seconde personne de la Sainte Trinité ! Sous le regard de Joseph et de Marie, et, selon une pieuse tradition empruntée à Isaïe, sous le souffle de l’âne et du bœuf, la faiblesse du bébé est le signe paradoxal de la présence et de la puissance même de Dieu ! Ce bébé, incapable de proférer une seule parole intelligible, est la Parole même de Dieu ! C’est ainsi que Dieu choisit de se manifester et de se donner à nous en son Fils dans le mystère de l’incarnation. A partir de Noël, Dieu n’est plus seulement notre Père, il est aussi notre frère. Il n’est plus seulement dans les Cieux, image de sa transcendance, mais il se fait intérieur à chacun d’entre nous, infiniment proche, Emmanuel, Dieu avec nous.

Saint Jean nous fait contempler ce grand mystère de l’incarnation en lien avec celui de la création. Ou pour le dire autrement, l’incarnation du Verbe ne peut se comprendre que si nous la mettons en relation avec le projet créateur de Dieu. Ce n’est pas par hasard que Jean commence son prologue par ces paroles : au commencement était le Verbe. Tout connaisseur de la Bible y voit immédiatement une référence au premier verset du premier livre de la Bible, la Genèse : au commencement Dieu créa le ciel et la terre. Ce n’est pas davantage par hasard que Jean nous présente le Verbe comme la lumière des hommes ; la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée. Ici encore la référence au chapitre premier de la Genèse est évidente et éclairante :

La terre était informe et vide, les ténèbres étaient au-dessus de l’abîme et le souffle de Dieu planait au-dessus des eaux. Dieu dit : « Que la lumière soit. » Et la lumière fut. Dieu vit que la lumière était bonne, et Dieu sépara la lumière des ténèbres. Dieu appela la lumière « jour », il appela les ténèbres « nuit ». Il y eut un soir, il y eut un matin : premier jour.
Grâce à ce parallèle avec le livre de la Genèse, Jean nous fait comprendre d’une manière très belle et profonde la signification du mystère de Noël. De la même manière qu’au premier jour de la création Dieu sépara la lumière des ténèbres, dans la nuit de la Nativité, il nous donne son Fils, parole de lumière pour vaincre nos ténèbres. Ce nouveau-né est le Verbe-Lumière par lequel Dieu vient commencer une nouvelle création. Noël, c’est donc le premier jour de cette création nouvelle dans les derniers temps. Noël, c’est déjà la victoire de la lumière sur les ténèbres du mal et du péché qui ont envahi le monde depuis le péché des origines. Mais cette victoire de la lumière ne s’impose jamais à nous dans l’ère chrétienne. Et Jean en est parfaitement conscient. Nous pouvons refuser de faire partie de cette nouvelle création. Nous pouvons refuser l’ère de grâce et de vérité inaugurée par Jésus. Et c’est ce refus qui blesse notre humanité aujourd’hui comme hier, et avec elle toute la création. Il était dans le monde, et le monde était venu par lui à l’existence, mais le monde ne l’a pas reconnu. Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu. Si avec la naissance du Fils de Dieu commence une création nouvelle, cela signifie qu’il nous faut, nous aussi, renaître, connaître une nouvelle naissance, une renaissance spirituelle dans le Christ. Il nous faut naître de Dieu, comme le dit Jean. Jésus enseignera cette grande vérité à Nicodème : personne, à moins de naître de l’eau et de l’Esprit, ne peut entrer dans le royaume de Dieu. Nous savons que cette nouvelle naissance commence par la grâce du baptême et le don de la foi. Mais c’est chaque jour que nous sommes appelés à faire partie de la création nouvelle par notre « oui » à la volonté de Dieu. Le mystère de l’incarnation pourra porter tous ses fruits dans notre vie de baptisés si nous mettons nos pas dans les pas de Jésus, Chemin nous conduisant vers la Vie. Lorsque saint Ignace de Loyola contemple l’incarnation du Seigneur dans ses Exercices spirituels, il propose un temps de prière au cours duquel nous sommes invités à demander une grâce au Verbe éternel incarné, celle de suivre et d’imiter davantage notre Seigneur, ainsi tout nouvellement incarné (n°109).

dimanche 17 décembre 2017

Troisième dimanche de l'Avent/ année B


Troisième dimanche de l’Avent/B

Jean 1,6-8.19-28

17/12/17

En ce troisième dimanche de l’Avent, nous retrouvons la figure de Jean le précurseur, voix qui crie à travers le désert. Le succès de sa prédication aux bords du Jourdain suscite la curiosité des autorités religieuses de Jérusalem. Face aux questions qui lui sont posé, Jean rend un témoignage. Tout d’abord celui de la vérité : Je ne suis pas le Messie. Pour se définir, Jean utilise une citation du prophète Isaïe : il n’est que la voix, criant dans le désert, pour préparer la venue de celui qui est la Parole, le Verbe de Dieu. Il rend aussi le témoignage de l’humilité : je ne suis même pas digne de défaire la courroie de sa sandale, ce qu’on peut traduire de la manière suivante : je ne suis pas digne d’être l’esclave de Jésus, le Messie ! Dans le témoignage qu’il rend au Christ, je voudrais méditer une parole qui me semble particulièrement significative pour nous, disciples du Christ. A ceux qui lui posent tant de questions sur son identité et sur son activité, Jean répond : au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas, c’est-à-dire le Christ. Non seulement les prêtres et les Lévites ne connaissent pas le Christ qui vient à peine de se révéler aux foules en se faisant baptiser par Jean, mais trois ans plus tard ils ne le reconnaîtront pas davantage en le condamnant au supplice de la croix. A l’époque de la manifestation du Messie, il y eut comme un aveuglement de la part des élites religieuses, aveuglement qui les a empêchés de connaître Jésus de Nazareth. Qu’en est-il de nous chrétiens, plus de 2000 ans après ces événements ? Connaissons-nous vraiment le Christ ? Tout d’abord relevons qu’il se tient au milieu de nous. Par sa résurrection, le mystère de son Incarnation se prolonge dans le mystère de l’Eglise et sa présence nous est donnée : moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. Cette présence du Seigneur nous est même intérieure puisque le Règne de Dieu est au milieu de nous, en nous. Alors connaissons-nous mieux le Christ que les prêtres et les lévites venus de Jérusalem ? Oui, nous le connaissons par le don de la foi, par les Evangiles et l’enseignement de l’Eglise. Mais en même temps nous ne le connaissons pas tant que nous n’avons pas fait l’expérience personnelle de la vie spirituelle, de la vie de communion quotidienne avec lui, dans le cœur à cœur de la prière et dans l’amour du prochain. Puisque Jésus est le Fils de Dieu, la Parole du Père, jamais sur cette terre il est possible de le connaître d’une manière achevée et parfaite. Notre connaissance de Jésus est donc par définition partielle et progressive, c’est un chemin qui doit nous permettre avec les années d’entrer toujours plus profondément dans la connaissance du mystère du Christ. Car la connaissance par la vie et le cœur est différente de la connaissance simplement intellectuelle. On peut très bien apprendre son catéchisme en une semaine, mais nous avons bien besoin de toute notre vie pour faire passer les vérités du catéchisme de la tête dans le cœur. Dans sa lettre aux Ephésiens, saint Paul nous parle de ce chemin progressif de connaissance :

De cette manière, les fidèles sont organisés pour que les tâches du ministère soient accomplies et que se construise le corps du Christ, jusqu’à ce que nous parvenions tous ensemble à l’unité dans la foi et la pleine connaissance du Fils de Dieu, à l’état de l’Homme parfait, à la stature du Christ dans sa plénitude.
La joie du troisième dimanche de l’Avent nous invite à reconnaître la présence du Christ au milieu de nous et en nous. Il nous appartient de toujours nous ouvrir davantage à cette présence, si discrète au milieu des bruits et de l’agitation de notre monde. Pour ce faire nous est donnée la grâce de la prière et de la méditation, ainsi que celle des sacrements, afin de progresser dans la connaissance du cœur jusqu’au jour où nous le connaîtrons pleinement, ayant atteint l’état de l’homme parfait et la stature du Christ dans sa plénitude.


dimanche 3 décembre 2017

Premier dimanche de l'Avent / année B


Premier dimanche de l’Avent/B

3/12/17

Isaïe 63-64

Au commencement d’une nouvelle année liturgique, je voudrais méditer avec vous la première lecture du prophète Isaïe.

Ce magnifique texte nous rappelle tout d’abord les deux dimensions principales du temps de l’Avent : temps du désir de Dieu et temps de l’accomplissement de ce désir par le mystère de l’incarnation. Ah ! Si tu déchirais les cieux, si tu descendais… ! Ce cri du prophète exprime toute l’attente de l’Ancien Testament, l’attente de la manifestation du Messie. Pour nous chrétiens, il exprime aussi l’attente du retour du Christ en gloire et de l’accomplissement de notre histoire humaine à la fin des temps. Cette supplication nous met devant les yeux l’objet de notre désir spirituel : la manifestation du Royaume des cieux, l’avènement des cieux nouveaux et de la terre nouvelle où la justice habite. Le règne du mensonge et de l’injustice nous font souffrir et nous savons que Dieu seul pourra nous délivrer de cette situation en nous délivrant de tout mal. A cette supplication correspond dans la première lecture l’exaucement de la prière : Voici que tu es descendu… Jamais on n’a entendu, jamais on n’a ouï dire, nul œil n’a jamais vu un autre dieu que toi agir ainsi pour celui qui l’attend. Oui, dans le mystère de l’incarnation que nous célébrerons pendant le temps de Noël, Dieu a répondu au désir des hommes, il s’est fait proche en Jésus son Fils. Désormais il est l’Emmanuel, Dieu avec nous, il est notre frère en humanité.

Le texte d’Isaïe chante d’une manière particulièrement forte les louanges de la grâce divine. En effet si Dieu nous abandonne à notre propre sort, nous sommes perdus. S’il nous retire son don d’amour, nous sommes vaincus et anéantis par le règne du mensonge et de l’injustice. Pourquoi, Seigneur, nous laisses-tu errer hors de tes chemins ? Pourquoi laisser nos cœurs s’endurcir et ne plus te craindre ?... Car tu nous as caché ton visage, tu nous as livrés au pouvoir de nos fautes. Isaïe nous rappelle donc notre dépendance totale à l’égard de Dieu dans l’ordre de notre salut parce que nous dépendons tout simplement de lui d’abord dans l’ordre de l’existence : il est Père et Rédempteur. Seigneur, c’est toi notre père. Nous sommes l’argile, c’est toi qui nous façonnes : nous sommes tous l’ouvrage de ta main.
Pendant ce temps de l’Avent où Jésus nous invite à la vigilance spirituelle, à rester éveillés dans le désir de sa venue et de sa présence, Isaïe nous indique le chemin à suivre : Tu viens rencontrer celui qui pratique avec joie la justice, qui se souvient de toi en suivant tes chemins. Tout attendre de la grâce de Dieu ne fait pas de nous des êtres passifs. L’attente de l’Avent est au contraire une attitude active tout comme la vigilance dont nous parle Jésus. Veiller en pratiquant avec la joie la justice, c’est s’engager, par notre attitude, nos choix et nos actes, pour la justice et la vérité. Veiller en se souvenant du Seigneur, c’est donner à la vie spirituelle et à la prière la place qui leur revient dans notre vie chrétienne de chaque jour. Ainsi la vigilance de l’Avent nous encourage à suivre les chemins du Seigneur Jésus, humblement, jour après jour, en recherchant activement le bien et la communion avec Lui dans le cœur à cœur de la prière.


dimanche 26 novembre 2017

LE CHRIST ROI DE L'UNIVERS / ANNÉE A


26/11/17

Matthieu 25, 31-46

La solennité du Christ roi de l’univers, instituée en 1925 par le pape Pie XI, marque la fin de notre année liturgique. La première lecture, le psaume et l’Evangile illustrent la royauté du Christ avec l’image biblique du berger ou du bon pasteur et celle, correspondante, des brebis. Cette association entre l’humble métier de berger et la royauté a de quoi nous surprendre, même si David, ancêtre du Christ, fut berger avant d’être consacré roi. Par ailleurs les bergers furent les premiers à venir honorer le nouveau-né de la crèche. A la fin de l’année chrétienne, la figure du roi-berger est aussi celle du juge : je vais juger entre brebis et brebis, entre les béliers et les boucs. Le Fils de l’homme décrit dans l’Evangile séparera les hommes les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des chèvres. L’une des facettes de la royauté du Christ réside donc dans sa fonction de juge. Le Christ Roi incarne la justice même de Dieu. L’Evangile nous donne le critère qui permettra l’exercice de cette justice : l’amour de charité envers notre prochain, en particulier envers les plus pauvres et les plus démunis. Tous ceux qui à travers leur vie auront contribué à soulager la souffrance d’autrui n’auront rien à craindre du jugement, car l’amour parfait bannit la crainte. Les grandes prophéties messianiques d’Isaïe insistent sur la justice divine du Messie à venir :

Il ne jugera pas sur l’apparence ; il ne se prononcera pas sur des rumeurs. Il jugera les petits avec justice ; avec droiture, il se prononcera en faveur des humbles du pays. Du bâton de sa parole, il frappera le pays ; du souffle de ses lèvres, il fera mourir le méchant. 
La justice est la ceinture de ses hanches ; la fidélité est la ceinture de ses reins.

Bien plus tard le livre de la Sagesse développera cette figure du juge divin impartial qui demandera des comptes à ceux qui détiennent le pouvoir politique :

Écoutez donc, ô rois, et comprenez ; instruisez-vous, juges de toute la terre. Soyez attentifs, vous qui dominez les foules, qui vous vantez de la multitude de vos peuples. Car la domination vous a été donnée par le Seigneur, et le pouvoir, par le Très-Haut, lui qui examinera votre conduite et scrutera vos intentions.  En effet, vous êtes les ministres de sa royauté ; si donc vous n’avez pas rendu la justice avec droiture, ni observé la Loi, ni vécu selon les intentions de Dieu, il fondra sur vous, terrifiant et rapide, car un jugement implacable s’exerce sur les grands ; au petit, par pitié, on pardonne, mais les puissants seront jugés avec puissance. Le Maître de l’univers ne reculera devant personne, la grandeur ne lui en impose pas ; car les petits comme les grands, c’est lui qui les a faits : il prend soin de tous pareillement. Les puissants seront soumis à une enquête rigoureuse.

Une autre facette de la figure du Christ Roi est celle de la vie éternelle. Aux justes, il s’adresse ainsi : recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la création du monde. Tout a été créé dans et par le Fils. Sa royauté consiste donc à sauver toute la création après avoir détruit toutes les puissances du mal. Saint Paul nous fait entrevoir d’une manière grandiose le triomphe du prince de la vie sur toute forme de mort à la fin des temps :

Car c’est lui qui doit régner jusqu’au jour où Dieu aura mis sous ses pieds tous ses ennemis. Et le dernier ennemi qui sera anéanti, c’est la mort, car il a tout mis sous ses pieds. Et, quand tout sera mis sous le pouvoir du Fils, lui-même se mettra alors sous le pouvoir du Père qui lui aura tout soumis, et ainsi, Dieu sera tout en tous.

Le Christ roi, juge et serviteur de la vie, règne donc par la seule puissance de son amour divin afin que Dieu soit tout en tous. Cette magnifique formule de Paul nous montre le but de la royauté de Jésus : l’élimination totale du mal en nous et dans la création en vue de la parfaite réconciliation et communion. Le Royaume des Cieux ou le Paradis, c’est bien cela : Dieu qui sera tout en tous.


dimanche 19 novembre 2017

33ème dimanche du temps ordinaire / A


Matthieu 25, 14-30

19/11/17

Argent, banque, intérêts… Les images employées par Jésus dans la parabole des talents sont trompeuses. Le sujet de l’enseignement qui nous est délivré en ce dimanche n’a rien à voir avec les affaires, l’économie ou encore la finance. Jésus n’est pas venu parmi nous pour nous donner des cours d’école de commerce ou encore pour nous inviter à nous enrichir en faisant de bonnes opérations financières. L’homme de la parabole qui part en voyage, confie à ses serviteurs ses biens puis revient, c’est Jésus comme le dit l’introduction de l’Evangile. A la fin de l’année liturgique, les Evangiles abordent le thème de la fin de notre monde tel que nous le connaissons et du retour du Christ en gloire. A ce moment-là, cela ne nous servira absolument à rien d’avoir prospéré dans les affaires ou encore d’être riches, comme le montre par ailleurs l’histoire de l’homme riche qui meurt subitement en saint Luc. La conclusion donnée par le Seigneur est très claire :

Dieu lui dit : “Tu es fou : cette nuit même, on va te redemander ta vie. Et ce que tu auras accumulé, qui l’aura ?” Voilà ce qui arrive à celui qui amasse pour lui-même, au lieu d’être riche en vue de Dieu.

Les talents dont nous parle Jésus, ce sont nos dons et nos aptitudes. La langue française a conservé cette signification métaphorique du mot talent qui désignait bien à l’origine de l’argent sous la forme de trente kilos de métal précieux. D’ailleurs le maître donne à chacun selon ses capacités. Jésus nous confie ses biens et nous donne des capacités humaines et spirituelles. Tout au long de notre vie, nous sommes appelés tout d’abord à reconnaître ces dons, à les identifier, à en prendre conscience, puis ensuite à les faire fructifier, à les utiliser pour accomplir la volonté de Dieu. Car, nous dit la parabole, on nous demandera des comptes sur notre manière d’utiliser les dons du Seigneur. C’est le moment du bilan qui correspondra probablement pour nous au moment de notre propre mort. Et l’Evangile nous enseigne aussi qu’au plus nous avons reçu, au plus il nous sera demandé. Ceux qui ont reçu plus de dons en raison de leurs capacités ont donc le devoir de donner des fruits plus nombreux. Celui qui a reçu cinq talents en a gagné cinq autres, celui qui a reçu deux talents en a gagné deux autres.

Cherchons maintenant à comprendre pourquoi le troisième serviteur, mauvais et paresseux, n’a pas réussi sa vie aux yeux de son maître. Ce n’est pas parce qu’il n’a reçu qu’un talent, en fonction de ses capacités moindres par rapport aux deux premiers serviteurs. La première raison de son échec consiste en l’image faussée qu’il s’était fait de son maître : un homme dur. D’où l’importance pour nous, chrétiens, d’avoir une image vraie de notre Dieu, celle-là même que Jésus nous révèle en sa propre personne : un Dieu d’amour qui se donne et donne sans compter, un Dieu miséricordieux qui prend plaisir à nous pardonner et à nous relever chaque fois que nous tombons et que nous revenons à lui. Personne n’a en effet envie de travailler et de faire des efforts pour un maître au cœur dur et sévère, mais il en est tout autrement si ce maître est Jésus, doux et humble de cœur ! La seconde raison de l’échec de ce serviteur, nous la trouvons dans sa peur. Or, il est bien connu de tous que la peur paralyse et nous empêche d’entreprendre et d’aller de l’avant. Combien de fois dans la Bible le message de Dieu consiste à s’adresser à chacun de nous en lui disant : Confiance, n’aie pas peur !


Au soir de notre vie, puissions-nous avoir cette grâce de faire le bilan avec Jésus et de constater que grâce à lui notre passage sur cette terre aura donné beaucoup de beaux fruits ! N’attendons pas ce moment pour utiliser les dons du Seigneur et répandre autour de nous plus de joie, de confiance, de paix, d’amour et de solidarité ! Puissions-nous, à notre humble mesure, contribuer par ces fruits à l’édification du Royaume de Dieu !